L'UNION EUROPÉENNE DANS L'IMPASSE DE L'ÉTAT-NATION

Correspondance : nous avons reçu de Hongrie le texte suivant. Les propos de l'auteur n'engagent évidemment nullement le GDM.

La citoyenneté européenne et les minorités nationales
L'idéologie de l'État-nation unificateur
Politique d'immigration dans les États d'Europe occidentale aujourd'hui
Les immigrés dans les pays d'accueil
Union européenne : fédération des nations ou coalition d'États-nations ?
Comment sortir de l'impasse de l'État-nation ?


La citoyenneté européenne et les minorités nationales début

La notion de citoyenneté européenne a été formulée pour la première fois par le traité sur l'Union adopté le 10 décembre 1991 et signé le 7 février 1992 à Maastricht (Pays-Bas), quand il énonça (article 8) qu'est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État-membre.

Le projet de Constitution de l'Union le complète en précisant que la citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale, mais ne la remplace pas.

Avant de passer à l'interprétation de cet article, il est nécessaire de rappeler une conception qui s'est développée dans les pays d'Europe centrale et s'y est pour ainsi dire quasi généralisée. La notion de nationalité et celle de citoyenneté ressortent de deux catégories juridiques différentes, la nationalité indiquant l'appartenance à une communauté linguistique et culturelle (le mot nation renvoie à la naissance), tandis que la citoyenneté concerne la participation à la vie de la cité, donc à la vie politique, et ainsi à l'exercice du pouvoir populaire. Ces deux notions s'emploient au contraire, l'une pour l'autre dans la plupart des pays d'Europe occidentale.

Le glissement sémantique que cause l'interchangeabilité dans la signification de ces deux termes joue un rôle essentiel dans l'idéologie des États-nations du fait qu'elle prive les groupes des minorités ethniques et les membres des minorités nationales de la possibilité d'exprimer leur identité (par exemple, un breton ne pouvait jamais affirmer qu'il était de nationalité bretonne ; il ne pouvait et ne peut être qu'un français bretonnant).

La différence de l'évolution historique et sociale explique que dans quelques pays d'Europe centrale on emploie la notion de nation ethnique, c'est-à-dire culturelle, qui met l'accent sur l'origine commune, donc la langue et la culture communes, tandis qu'en Europe occidentale s'est plutôt répandue la notion française de nation politique.

Cette dernière notion, basée à l'origine sur la noble pensée de l'égalité devant la loi, fut introduite, après la Révolution française de 1789, par l'État jacobin républicain unificateur et centralisateur, par la force, imposant à la population du pays la logique d'une nation, une langue.

Ainsi est né, à la fin du 19e siècle, comme résultat d'une politique mobilisant en faveur de l'homogénéité de l'État centralisateur, fondé sur la notion de nation politique, le modèle français de la République une et indivisible, qui proclame certes l'égalité devant la loi, mais réalise la domination de la nation majoritaire sur les groupes ethniques minoritaires.

La notion de nation culturelle vise à sauvegarder les valeurs et traditions d'une com-munauté linguistique et culturelle et reflète donc une attitude défensive.
Par contre, la notion de nation politique n'est accueillante et humaine que dans les États-nations réellement homogènes, alors que là où vivent aussi des minorités nationales, c'est le mot d'ordre de la politique exercée d'une position de force par la nation majoritaire, qui cache une volonté d'assimilation derrière le masque de la fraternité.

L'emploi des notions de nation procédait des intérêts nationaux du moment, les servait et les sert aujourd'hui encore.

Par exemple, à la fin du 19e siècle, les hommes politiques hongrois étaient également partisans de la nation politique, ils voyaient volontiers dans tout habitant du bassin carpatique un hungarus, conformément à la conception des États-nations de l'époque.

L'emploi de la notion de nation culturelle a été imposé à la Hongrie par le traité du Trianon, signé le 4 juin 1920, qui a démembré la Hongrie historique, détachant plus de trois millions de Hongrois de la mère patrie.

En effet, c'est cette manière de voir que dicte le sentiment de solidarité ressenti envers les communautés hongroises vivant sur les territoires annexés aux pays voisins.

L'idéologie de l'État-nation unificateur début

L'idéologie nationaliste de l'État-nation unificateur s'est rapidement répandue au début du 20e siècle dans toute l'Europe et proclame jusqu'à nos jours que l'État-nation unifié, homogène est la condition première de la modernisation.

Dans les pays où vivent également des minorités nationales, la propagation de cette idéologie suscite en fait une intolérance nationaliste et est à l'origine d'une tension permanente entre la nation majoritaire et les groupes ethniques minoritaires.

Elle cherche aujourd'hui même, à l'époque des droits de l'homme, à liquider les minorités nationales ayant une forte conscience nationale ; elle constitue le fondement idéolo-gique des nettoyages ethniques et autres transferts de populations criminels et leur sert de justificatif.

On doit imputer à l'idéologie de l'État-nation uni le chauvinisme de certains pays balkaniques qui a dégénéré il n'y a pas très longtemps en un véritable culte aboutissant au fanatisme, ou le sanglant pogrom anti-hongrois de 1990 perpétré à Marosvásárhely/Tirgu-Mures (Roumanie). Mais cette idéologie peut aussi provoquer la crise de la démocratie elle-même.

Parmi les événements du passé récent, il vaut d'être mentionné que, lors de l'attaque de Vukovar par les Serbes, les souvenirs historiques en commun avec eux de l'idée d'État-nation ont paralysé certaines puissances d'Europe occidentale qui refusèrent de prendre des mesures contre les agresseurs, malgré les encouragements des États-Unis d'Amérique.

Malgré tout cela, au moment de l'adhésion à l'Union européenne, prometteuse de l'essor des nations et des cultures nationales, les nations et minorités nationales d'Europe regardent l'avenir avec confiance, dans l'espoir que les forces qui composent notre planète transfor-ment le monde tant spirituel que matériel, brisent les fondements de l'idéologie nationaliste de l'État-nation "uni", ce "despotisme démocratique" de l'ère moderne, et créent, en utilisant notamment des solutions anglo-saxones, des sociétés décentralisées, bâties sur des fondements multiculturels.

La condition première de l'épanouissement de la démocratie est partout le démantèlement des puissances centralisatrices et la transformation de la démocratie représentative en démocratie participative.

Au moment de l'expansion de la globalisation, il devient de plus en plus évident que ce ne sont pas les thèses nationalistes qui sont la vraie force de cohésion des pays, mais la solidarité des hommes et des communautés trouvant les cadres de leur propre accomplissement.

Comme exemples de réussite on peut citer les structures étatiques fédérées qui ont pris forme récemment au Canada, en Belgique et en Espagne.

Politique d'immigration dans les États d'Europe occidentale aujourd'hui
début

Nous ne pouvons éviter de mentionner les questions sociales soulevées par les millions de travailleurs étrangers immigrants en Europe. En effet, les partisans de la nation politique trouvent en eux des alliés inattendus.

Ceci pour deux raisons :

d'une part, les immigrés apprennent forcément la langue officielle du pays, qui est celle de la population majoritaire, et, de ce fait, les rapports de force se trouvent modifiés au détriment des groupes ethniques minoritaires ;

d'autre part, les groupes ethniques autochtones et les immigrants naturalisés sont rangés d'emblée dans la même catégorie de nation politique unie, bien qu'ils constituent deux groupes sociaux distincts, les privant de leur identité.

Justement à cause de cela, dans les pays multinationaux, l'implantation des travailleurs étrangers immigrants a toujours une pointe dirigée contre les groupes ethniques autochtones. En effet, plus la palette de la nation politique est diversifiée, plus les principes de la démocratie interdisent la discrimination entre les groupes ethniques.

Les puissances d'Europe occidentale qui déterminent l'avenir de l'Union européenne (France, Grande Bretagne) sont plus ou moins des États-nations unis et il leur est donc naturel de raisonner en États-nations. La grande nouveauté aujourd'hui est que l'Allemagne, elle aussi, a fait sienne, depuis quelque temps, la notion de nation politique.

L'Allemagne, qui, pourtant, fut la première à formuler avec les mots de Herder la définition longtemps considérée comme traditionnelle de la nation, y voyant une communauté ethnique et culturelle, en investissant le peuple d'une importance politique. La formation tardive de l'Empire allemand (1871) et les vicissitudes de l'histoire du pays au 20e siècle expliquent pourquoi cette notion herdérienne ethnique de la nation a vécu en Allemagne jusqu'à ces dernières années.

En effet, après la seconde guerre mondiale, et tout particulièrement après la réunification allemande qui a permis la formation d'un État-nation allemand et celle d'une nouvelle conscience nationale, la société allemande a changé. L'essor industriel d'après-guerre, le fameux miracle économique allemand et la faible natalité ont rendu nécessaire l'accueil massif de travailleurs étrangers. Le nombre de ceux-ci s'est accru rapidement pour atteindre dès 1990 cinq millions de personnes. De nos jours, le nombre des immigrants étrangers, donc d'origine autre qu'alle-mande, dépasse les huit millions, soit 10 % de la population totale du pays, le tiers étant d'origine turque.

C'est l'intégration de ces millions de travailleurs immigrés dans la société allemande qui imposa un changement d'optique : il fallait dire adieu à la notion de nation ethnique indéniablement exclusive et adopter la notion de nation politique plus accueillante.

Nombre d'allemands considèrent cela encore aujourd'hui comme un mal inévitable, mais l'acceptent. La naturalisation des immigrés est en cours et de plus en plus nombreux sont ceux qui reçoivent la citoyenneté allemande et les autorité facilitent l'intégration des immigrés en acceptant la double citoyenneté.

Les immigrés dans les pays d'accueil début

Le cas de la France montre quelles énormes forces constructrices peut mobiliser la politique d'immigration d'un pays si elle est judicieusement dirigée. À la suite des immigrations du 20e siècle, aujourd'hui, sur une population totale de soixante millions d'habitants, vingt millions sont des français dont les parents ou les grands-parents étaient étrangers.

Au moment où, au cours des premières décennies du 20e siècle, le taux de natalité était tombé à un niveau jamais vu, les hommes d'État tenant les rênes gouvernementales eurent la sagesse de prendre en main le destin de la nation française en construisant un appareil d'État bien huilé qui a produit à partir des millions d'immigrés des citoyens français à part entière.

L'histoire de l'immigration en France, du point de vue national français, est vraiment l'histoire d'une réussite.
C'est pourquoi sont incom-préhensibles les arguties des partis d'extrême-droite nationalistes français (qui, naturellement, ne déplorent pas l'absence de droits des minorités ethniques autochtones). Mais ce n'est ni le premier, ni le dernier cas où l'on nuit aux intérêts nationaux tout en scandant des slogans nationalistes. Il est cependant vrai que la véritable identité de ces populations natura-lisées en masse reste encore problématique.

De nos jours, le phénomène d'immigration évoqué caractérise la plupart des pays de l'Union européenne.

Avec l'accueil des travailleurs immigrés, se répand aussi l'emploi du concept de nation politique. Le problème central des pays d'Europe occidentale est donc aujourd'hui l'intégration dans la société de masses énormes d'immigrés.

Cependant, ceux qui raisonnent en nation politique ne reconnaissent pas de distinction entre minorités nationales autochtones et immigrés. Il est donc compréhensible que les minorités nationales autochtones qui ne veulent pas disparaître de la carte, et dont la culture multiséculaire représente pour l'Europe une richesse inestimable, pour survivre, réclament pour elles la discrimination positive.

Sauvegarder l'identité des groupes ethniques autochtones et assurer en même temps l'intégration des immigrés constitue le grand défi, idéologiquement non résolu, auquel les pays membres de l'Union européenne doivent faire face.

À la suite de l'essor économique qui suivit leur entrée dans l'Union européenne, des pays qui, auparavant, étaient spécifiquement des zones d'émigration, comme par exemple l'Espagne et le Portugal, accueillent aujourd'hui par centaines de milliers des travailleurs venant de territoires lointains (Afrique, Proche Orient, Asie).

Dans les pays européens à la démographie décroissante, sans les travailleurs immigrés, il ne serait pas possible de faire fonctionner les usines, il faudrait fermer les hôpitaux et une grande partie des institutions, l'assurance-maladie et le système de retraite s'effondreraient.

L'arrivée des travailleurs immigrants dans les pays d'accueil est non seulement le signe certain de leur essor économique, mais aussi la source de leur enrichissement à venir. Le pays d'accueil ne compte désormais plus seulement sur le travail des immigrés, mais aussi sur leur sang, car, avec leurs descendants, il veut perpétuer sa propre nation. Malheur aux pays européens à la population régressante qui restent définitivement en dehors de cette colonisation intérieure. Malheur à eux économiquement et aussi démographiquement ! Pour l'instant, c'est parmi eux que se trouvent les pays ex-communistes comme la Hongrie. Aujourd'hui, les Hongrois ne peuvent qu'espérer qu'après leur entrée dans l'Union, ils profiteront eux aussi d'un essor économique et que le bien-être croissant du pays attirera des travailleurs étrangers. Cependant, l'idéologie exclusive de la notion de nation culturelle que leur a imposée le traité du Trianon y rend actuellement les Hongrois inaptes. Le changement d'optique nationale ne pourrait survenir en Hongrie que si l'Union européenne prenait sur elle et garantissait dans un cadre constitutionnel la protection des droits collectifs des Hongrois vivant dans les pays voisins.

Union européenne : fédération des nations ou coalition d'États-nations ? début

Dans sa forme actuelle, le projet de Constitution de l'Union européenne ne prend pas cette direction. En effet, ce projet se définit exclusivement à partir d'une position d'État-nation et se fonde sur la notion de nation politique unie, alors qu'en Europe il y a aussi des États plurinationaux à structures fédérales (Belgique, Espagne, Allemagne…) et de nom-breuses minorités nationales. Bien qu'utilisant à tout instant le qualificatif de "fédéral", il ne projette pas dans l'avenir l'image d'une Europe des peuples, d'une fédération des nations, mais celle d'une coalition d'États-nations. Tony Blair, premier ministre britannique, a d'ailleurs immédiatement décelé que ce "projet de Constitution ancre véritablement l'Europe dans l'État-nation".

Revenons à présent sur l'article 8 du titre II du projet. En faisant de la nationalité d'un État membre le critère de la citoyenneté européenne, il met carrément en doute l'existence même des minorités nationales. Car la "nationalité des États membres" signifie de toute évidence la nationalité de la nation majoritaire de l'État en question et, de ce fait, range tous les citoyens de l'État membre dans la nationalité de la nation majoritaire, les privant ainsi de la possibilité d'exprimer leur identité. Le projet de Constitution étend donc à tous les États membres de l'Union, sans leur demander leur accord, l'interprétation issue de la confusion de la notion de citoyenneté et celle de la nationalité.

Par ailleurs, le projet de Constitution ne connaît pas la notion de minorité nationale non plus. Cette expression n'y figure pas une seule fois, et ce qui n'a pas de nom, naturellement, ne peut jouir de droits collectifs. Cela signifie que l'Union veut étendre à tous les États membres, sans y être autorisée par les intéressés, l'usage de la notion de nation politique et prive ainsi la Hongrie (notamment) du droit de considérer comme appartenant à la nation hongroise les communautés hungarophones vivant outre-frontières.

Le projet de Constitution raye d'un trait de plume l'idée de nation culturelle hongroise unie par-delà les frontières et abroge quasiment la loi sur le statut des Hongrois d'outre-frontières, élaborée récemment avec grand soin.

C'est la raison pour laquelle il a fallu en rayer l'expression nation hongroise unie. Les membres des minorités nationales peuvent vivre libres et heureux dans n'importe quel pays de l'Union, mais ne peuvent exister en tant que communautés – suggère le projet – qui adresse aux minorités nationales le message bien connu de l'État-nation centra-lisateur : "il se peut que vous soyiez, mais il serait préférable que vous n'existiez pas, car demain il est sûr que vous ne serez pas".

En effet, là où la survie d'une minorité nationale ne pourrait être assurée qu'au prix d'une discrimination ethnique positive et ferme, le projet de Constitution interdit, au nom de la démocratie, de façon hypocrite, toute discrimination ethnique, subordonnant les droits de l'homme des minorités nationales aux droits nationalistes des nations majoritaires.

La question suivante se pose alors : le projet de Constitution est-il une tentative d'imposer à tous les pays membres de l'Union européenne un modèle d'État-nation issu de l'évo-lution historique et sociale de l'Europe occidentale ? Or, ce qui peut convenir pour les pays où les frontières des États et celles des nations coïncident peut conduire à des bouleversements dramatiques dans les régions de l'Europe centrale et orientale où les frontières mal taillées bloquent toujours la formation des nations dont les limites débordent souvent celles des États.

Ces dernières années, les différentes institutions européennes, telles que la Commission européenne, le Conseil de l'Europe et le Parlement européen ont pris nombre de mesures, rédigé nombre d'accords-cadres en faveur des minorités nationales. Oui, mais ces dispositions ne sont pas des recommandations exécutoires, seule-ment des mesures aléatoires et provisoires, tandis que le projet de Constitution, s'il était voté, deviendrait une loi fondamentale de longue durée, déterminant la stratégie à suivre.

Il ressort donc de ce qui précède que l'Union européenne ne sait pas ce qu'elle veut elle-même et n'a pas encore trouvé le cadre juridique qui puisse garantir la sauvegarde de l'identité et l'épanouissement de la culture des minorités nationales et des ethnies minoritaires.

Comment sortir de l'impasse de l'État-nation ?
début

Bien évidemment, c'est l'article 8 du titre II du projet de Constitution, donnant la définition de la citoyenneté européenne, qui est en cause. Cet article, en attachant la citoyenneté européenne à la nationalité de l'État membre, prive, on l'a vu, les membres des minorités nationales de la possibilité d'exprimer leur identité.

Pour cette raison, de nombreux représentants des minorités natio-nales estiment qu'il serait plus adéquat de rattacher la citoyenneté européenne à un critère territorial, le lieu de résidence par exemple, plutôt qu'à celui de la nationalité. Cela serait d'autant plus justifié que l'espace défini par le territoire (pays) est le lieu où les citoyens exercent leur participation politique basée sur les valeurs communes et où ils peuvent exprimer et faire reconnaître leur identité, tout en respectant naturellement les exigences iden-tiques des autres groupes de la population.

L'union et la diversité forment les deux piliers fondamentaux de toute communauté s'édifiant démocratiquement, où les citoyens respectent mutuellement l'identité de chacun. La citoyenneté signifie que nous nous sentons responsables du bon fonctionnement des institutions de notre région et du respect des droits de l'homme et que nous rendons possible la représentation des principes et des intérêts. Cela signifie beaucoup de choses, mais ne suppose ni unité morale, ni unité nationale.

Une formulation acceptable par les minorités nationales européennes de l'article 8 du titre II du projet de Constitution pourrait être, par exemple, la suivante : "Toute personne ayant la citoyenneté d'un État membre possède la citoyenneté de l'Union. La citoyenneté de l'Union s'ajoute à la citoyenneté nationale et ne la remplace pas".

En acceptant de changer le mot nationalité par le mot citoyenneté, les rédacteurs du projet de Constitution annonceraient au monde qu'en entrant dans l'Union fraternelle des peuples et des nations européennes, l'État-nation a accepté de changer lui-même et abandonne l'arme principale des jacobins d'un autre âge qui consistait à confondre nationalité et citoyenneté. En cas de refus, l'évolution démocratique dans la partie centrale et orientale de l'Union européenne pourrait être bloquée pour longtemps.

Budapest, novembre 2003
Attila Kovacs
Chercheur dans le domaine des minorités nationales
Traduit par József Bakonyi

 
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