GUERRE EN IRAK : LA QUESTION DES MINORITÉS

(éditorial, mars 2003)

Le 19 mars 2003, les États-Unis ont attaqué l'Irak pour renverser l'infâme Saddam Hussein et essayer de le remplacer par un gouvernement plus présentable. Cette action qui paradoxalement paraît de plus en plus contestée par les opinions publiques a rallié un nombre important de gouvernements européens.

Il est possible que la position américaine s'avère fondée d'un point de vue de géopolitique et que cette guerre parvienne à évincer le dictateur de Bagdad comme celle d'Afghanistan avait chassé les Talibans. Il est vraisemblable au demeurant qu'une telle issue d'apparence ne serait qu'une victoire à la Pyrrhus. On sait qu'à Kaboul, le nouveau pouvoir ne contrôle guère que la capitale et que les Talibans sont de retour ailleurs, avec une image améliorée.

Mais, par-delà ces problèmes "politiques" l'une des questions apparemment oubliées est à nouveau celle des minorités. La question doit ici être examinée au plan interne et au plan international.
En Irak, la déstabilisation qui suivrait l'effondrement du régime actuel, totalitaire mais laïque, risquerait d'avoir des conséquences lourdes pour ce véritable "pays de minorités" qu'est l'Irak.

Les Kurdes, qui dans leur zone autonome du Nord ont, depuis plus de 10 ans maintenant, édifiés un régime plus civilisé que tout ce qu'ils ont connu jusqu'ici, redoutent notamment de voir, à l'occasion d'un réaménagement, revenir le pouvoir oppressif de Bagdad et de perdre ainsi leurs libertés.

Les Chrétiens (Assyro-chaldéens, Arméniens, orthodoxes syriens …), trop souvent assimilés à l'Occident, craignent pour leur sécurité.

Les Turcomans, dans une situation comparable vis-à-vis d'Ankara, ami obligé de Washington, pourraient faire l'objet de représailles.

Les chiites, en dépit de leur force numérique se sentent en porte-à-faux du fait de leur proximité confessionnelle avec l'Iran.

On n'en finirait pas d'énumérer les groupes à risques. Au plan international, le danger n'est pas moindre.
La haine d'Israël, décuplée par les bombardements, risque fort de vulnérabiliser l'ensemble des communautés juives en accroissant le terrorisme suscité par les solidarités arabes. Ceci aussi pour effet d'accroître le malheur et par conséquent la radicalisation anti-palestiniennes des Israéliens.

Dans l'ensemble du monde musulman, les Chrétiens ne manqueront pas d'être accusés de complicité. Des coptes d'Egypte aux Protestants du Soudan, c'est toute la chrétienté des terres d'Islam qui risque ainsi d'être atteinte.

En Occident, la tension déjà vive dans nos cités a toutes chances de se voir démultipliée, suscitant une recrudescence des affrontements intercommunautaires.

Enfin, en portant atteinte à l'image du Conseil de sécurité des Nations Unies auprès d'une grande partie de l'opinion mondiale, c'est aussi, ne l'oublions pas, l'ensemble du corpus des droits de l'homme et des minorités, patiemment élaboré depuis 1947, que l'on vulnérabilise.

 
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