PERSÉCUTIONS RELIGIEUSES EN GÉORGIE

Depuis quelques temps, les informations provenant de Géorgie sont particulièrement inquiétantes.
L'Église de Géorgie, tout comme la société géorgienne dans son ensemble, connaît depuis la chute du régime communiste de très fortes tensions internes sur fond de crise économique. Fragilisée, l'Église est confrontée à l'activité de missionnaires étrangers - souvent marginaux.

Récemment, des violences ont été exercées sur des Témoins de Jehovah. Plusieurs d'entre eux ont été brutalisés - des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards et même des handicapés - à coups de barres de fer et de gourdins cloutés, des locaux ont été saccagés et des publications brûlées. La liste des exactions s'allonge tous les jours, celle des victimes aussi.

Les initiatives irresponsables d'un Gouram Charadzé (député et dirigeant du mouvement " Géorgie avant tout ") et, surtout, les agissements violents d'un Basile Mkalavichvili (ancien prêtre qui a été réduit à l'état laïc par le Saint Synode de l'Église de Géorgie, il y a trois ans, en raison de ses appels à la violence à l'encontre de différentes communautés religieuses mino-ritaires en Géorgie) et de sa bande de nervis sont intolérables et indignes d'une démocratie.Faut-il rappeler que la Constitution géorgienne garantit la liberté de religion. Si la police réagit (timidement), la justice, elle, semble bien inactive.

On apprend aussi que les services des douanes ne débloqueraient les écrits religieux qu'avec l'aval du Patriarche-Catholicos de Géorgie. Si cela se confirmait, cela signifierait une intrusion scandaleuse de l'Église dans la vie administrative de la République. L'orthodoxie est un marqueur très fort de l'identité géorgienne, mais chacun doit rester à sa place : l'Église à la sienne, l'État à la sienne. La Géorgie n'est pas une théocratie.

On peut penser ce que l'on veut des Témoins de Jéhovah et s'opposer à leur implantation, mais certainement pas avec des méthodes qui rappellent les pires com-portements staliniens pour ne pas dire nazis. Il serait triste de voir la Géorgie devenir terre de pogroms. On a pu croire un moment que les choses se calmaient : une pétition circulait dans Tbilissi ; elle condamnait ces brutalités et recueillait près de 150.000 signatures (les Témoins de Jéhovah sont moins de 15.000 en Géorgie). C'est tout à l'honneur des habitants de la capitale. Mais, le 10 février dernier, au cours d'une émission diffusée par la chaîne de télévision privée Rustavi 2, le métropolite Athanase de Rustavi déclarait que "les adeptes des sectes devraient être liquidés ".

De plus, il avait - après s'en être pris, en termes extrêmement haineux, aux Baptistes, aux Pentecôtistes et aux Témoins de Jéhovah - pris la défense du père Basile Mkalavichvili (mentionné plus haut).

Le 13 février, par la voix de Zurab Tskhovrébadzé, son porte parole officiel, le Patriarche faisait savoir que "le patriarcat ne partage pas" le point de vue du métropolite Athanase est "qu'il ne peut accepter de telles déclarations". Le porte-parole du patriarcat a également précisé que le Saint Synode de l'Église de Géorgie se réunirait pour examiner les déclarations du métropolite et prendre une "décision définitive" à son égard. Ce qui ne fait pas oublier les propos sectaires souvent tenus par un Guiorgui Andriadzé, autre porte-parole officiel de l'Église orthodoxe de Géorgie.

Thamaz Naskidachvili

Notes

- Sa Sainteté Elie II, patriarche-catholicos de l'Église de Géorgie, fut un temps co-président du Conseil Œcuménique des Églises (COE).
- Confrontée à l'activité missionnaire des églises protestantes, l'Église de Géorgie - sous la pression de moines réactionnaires - s'est retirée en mai 1997 du Conseil Œcuménique des Églises et de la Conférence des Églises européennes (KEK) accusés de prosélytisme déloyal.

 
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