LA SITUATION À MADAGASCAR EN MARS
2002
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ILLUSTRATION : © Erwan Corbic
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Viva Malagasy ! |
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D'un côté un régime discrédité,
rejeté, mise sur le pourrissement d'une situation
bloquée au sens littéral: la capitale malgache
Antananarivo est coupée de l'extérieur par
un barrage sur la route du port principal, Toamasina ; les
frustrations nées d'une trop lente évolution
facilitent les provocations des partisans du président
battu, militaires ou miliciens. De l'autre, Marc Ravalomanana,
vainqueur dans les urnes de Didier Ratsiraka, a peu à
peu installé un gouvernement et rallié 80%
de l'armée. Il pourrait se concilier le Parlement,
où nombre de partisans de Ratsiraka ont senti le
vent tourner.
Il est impossible de relater ici les étapes de ce
mouvement lent d'arraisonnement. Un peuple joyeux installe
un à un les nouveaux ministres. L'immense poussée
populaire (qui évoque celle de 1789 : la moitié
d'une capitale dans la rue) est d'autant plus forte qu'elle
refuse le déchaînement, même si les soldats
tirent sur la foule. Un fait isolé: nombre d'officiers
ne veulent pas se laisser entraîner dans un aventurisme
anti-républicain (le même réflexe salutaire
a permis les transitions démocratiques au Niger et
au Sénégal).
Dans plusieurs villes de province, les durs du régime
ont tenté d'attiser les haines ethniques. Leurs raids
ou provocations ont fait plusieurs morts. Jusqu'ici, l'incendie
n'a pas pris. L'attachement des Malgaches au résultat
de leur vote a quelque chose de revigorant. Le succès
de leur mouvement d'affirmation pacifique de la légitimité
populaire n'est pas impossible. Mais les ultimes étapes
peuvent s'avérer périlleuses, tant est redouté
pareil précédent : où irait-on s'il
ne suffisait plus aux " vainqueurs " de scrutins
truqués d'être adoubés par leurs pairs ?
Le 26 février, lors d'une réunion de l'Organisation
de l'unité africaine (OUA), tous les intervenants
ont condamné la démarche "anti-constitutionnelle"
de Ravalomanana : le peuple est bien le seul acteur auquel
il soit interdit de conquérir le pouvoir. Le Parti
socialiste français a appuyé par un communiqué
cette position de l'OUA.
Amis de Ratsiraka et branchés sur les Services français,
les régimes algérien et syrien ont envoyé
chacun à Toamasina un avion gros porteur. Les cargaisons
ont été débarquées en secret.
Une concentration de navires de guerre français a
été observée à Mayotte (Journal
de l'île de la Réunion, 21/03). Bien des manuvres
sont envisageables : la Françafrique militaire, affairiste,
politique et médiatique ne cache pas son aversion
de l'élu des Malgaches.
A contrario, plus d'une centaine de Français
vivant à Madagascar ont manifesté publiquement
leur désaccord avec la politique de leur pays: "1789:
libération de la France. 2002: libération
de Madagascar. À bas le Quai d'Orsay ", lisait-on
sur une banderole.
Est particulièrement visé un conseiller d'Hubert
Védrine, Georges Serre : ses attaches familiales
à Madagascar sont nettement du côté
du pouvoir, ce qui aurait dû le conduire à
se dégager du dossier. Il semble qu'au contraire
il y soit très investi.
À RFI, il lui est reproché d'être "le
porte-parole servile ou muselé" du Quai
d'Orsay. "Oh, cette langue de bois artistiquement
polie par les années de néocolonialisme ! Oh,
ces petites dépêches rapides qui en trois lignes
caricaturent ou nient la réalité du pays et
piétinent la spécificité des Malgaches,
leur talent, leur courage" commente un expatrié.Trop
proche de Ratsiraka, Jacques Chirac n'est pas épargné.
Son ami est accusé de trafic d'émeraudes.
Du coup la rumeur enfle, comme jadis celle des diamants
de Bokassa. La rigidité de l'OUA est imputée
aux ingérences de Michel Dupuch : longtemps ambassadeur
en Côte d'Ivoire, le "Monsieur Afrique"
élyséen serait très influent auprès
de l'un de ses disciples, l'Ivoirien Amara Essy, devenu
Secrétaire général de l'OUA.
Signalons encore une curiosité. Philippe Jehanne,
ex-DGSE, spécialiste en mercenaires et trafics d'armes,
bras droit de Michel Roussin en 1994 au ministère
de la Coopération, lors du génocide rwandais
(il a admis avoir livré des armes aux génocidaires),
est devenu en 1999 président de l'ONG nantaise Appel
Détresse qui opère notamment à Madagascar.
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