MADAGASCAR, LE DILEMME DU FÉDÉRALISME

Les principaux groupes ethniques
Le problème du fédéralisme
La situation actuelle face à ce fédéralisme artificiel
Le peuple malgache


 
Les principaux groupes ethniques:
Antaimoro (13), Antaisaka (9), Antandroy (15), Antankarana (1), Antanosy (16), Antefazy (12), Bara (11), Betsiléo (7), Betsimisaraka (3), Bezanozano (6), Farafangana (12), Mahafaly (14), Makoa (4), Mérina (8), Sakalava (4), Sihanaka (5), Tanala (10), Tsiminety (2), Zafisoro (12).
ILLUSTRATION : © Erwan Corbic
 

La grande île du canal de Mozambique, l'île Saint-Laurent des Portulans du XVIème siècle est peuplée de plus de douze millions d'habitants, représentant plus de dix-huit ethnies réparties sur 587 041 km2.
Cette mosaïque de peuples venus de l'Insulinde ou de Bantous venus d'Afrique orientale ou d'esclaves importés par les marchands Swa-hilis ou Comoriens est majori-tairement animiste (culte des ancêtres), les catholiques et protestants repré-sentant 20% chacun, les musulmans 7%.

Les principaux
groupes ethniques
début

Antaimoro, Antaisaka, Antandroy, Antankarana, Antanosy, Antefazy, Bara, Betsiléo, Betsimisaraka, Beza-nozano, Farafangana, Mahafaly, Makoa, Mérina, Sakalava, Sihanaka, Tanala, Tsiminety, Zafisoro (voir carte ci-contre).

Ils parlent tous le malgache avec des variantes régionales.Hors les Vasas (étrangers blancs), il existe de petites communautés musulmanes qui ne sont pas originaires de l'île : les Comoriens, les Karanas venus de l'empire des Indes, du Gudjerat ou de l'actuel Pakistan occidental. Ils sont pour la plupart de rite ismaelien (chiite) ; il y a également des Chinois (Sinoa) et des Mauriciens.

Les origines lointaines de ces populations ont apporté sur l'île rouge une civilisation particulière, inconnue sur le continent africain, croisement d'une culture africaine et d'une culture asiatique. Au cours des siècles, différents royaumes se sont créés, qui ont été soumis au XIXème siècle à la domination du royaume Mérina, interrompue par l'occupation et la colonisation française. Malgré les vicissitudes du passé et la disparition du royaume Hova, l'antagonisme laissé par la suprématie du royaume Mérina sur les autres peuples de l'île reste toujours d'actualité, le clivage entre les hommes des plateaux et les hommes des rivages en restant la preuve.

Depuis l'indépendance, cette rancune a entraîné bien des heurts. Ce problème a été utilisé par les hommes politiques, durant les années 1980 et 1990, qui, pour conquérir le pouvoir, ont entretenu artificiellement les haines ethniques..

Le problème du fédéralisme début

Durant la période correspondant au gouvernement du président Tsiranana (1960-1972), une révolte paysanne a éclaté dans la région de Tuléar (Toléara), au sud du pays, révolte paysanne orchestrée par le Monima (Madagasikara Otronin 'Ny Malagazy Madagasgar), soutenu par les Malgaches. Le parti comptait près de 270 000 supporters et partisans dans les populations Antandory et Mahafaly.

Ce mouvement d'orientation maoïste voulait imposer un gouvernement révolutionnaire et contestait le pouvoir centraliste d'Antananarivo qui abandonnait le paysan du sud à son triste sort.La rébellion dura du 1er avril au 18 mai 1971. Elle fut réprimée par la gendarmerie envoyée dans la région méridionale de l'île. Les chiffres officiels annoncèrent 48 morts et 62 blessés chez les insurgés. D'autres sources dénom-braient plus d'une centaine de victimes ainsi que de nombreuses arrestations. Ces événements sonnèrent le glas du régime Tsiranana et l'intrusion de l'armée dans la vie politique malgache, laquelle finit par prendre le pouvoir.

La situation économique de l'île était très mauvaise. Le président Tsiranana, malade, n'avait pu entamer de réforme afin de redresser les finances de l'île. La maladroite malgachisation des institutions entraîna une encore plus grande instabilité.

Le général Ramanatsoa qui avait pris le pouvoir en mai 1972 était un mérina alors que Tsiranana était originaire de la côte ouest. De nouveau, avec l'instauration d'un régime socialiste à Madagascar, c'est un côtier de l'Est, en la personne de l'amiral Didier Ratsiraka, qui prend le pouvoir. Le régime communiste aboutit à la ruine du pays (le 12ème pays le plus pauvre du monde).

Durant les années 80, à la chute du régime, le président Ratsiraka désire instaurer le fédéralisme. La fin du régime soviétique et de ses satellites du bloc de l'est aggrave la situation. L'économie de marché ne fait qu'accélérer le processus. Certains hommes politiques en profitent pour s'enrichir ; ils sont dénoncés par l'opposition qui regroupe les contestataires du régime et sont soutenus par l'église malgache. Madagascar connaîtra la terreur pendant plus d'une décennie.

L'année 1991 sera le tournant de la crise politique. Les institutions contestées par l'opposition durant l'été amènent l'armée à abandonner le président Ratsiraka, suite aux manifestations qui aboutissent à de violents heurts avec les forces de l'ordre dans la capitale ; la marche pour la libération finit en drame. Le régime est à bout de souffle. Une suite de coups d'état militaires entre 1990 et 1992 annoncent sa fin prochaine. En août 1991, les provinces, par le biais de leurs conseils populaires se proclament États fédérés, manœuvre souterraine afin de sauvegarder le pouvoir de l'Arema et de ses satellites face au pouvoir contestataire des forces de l'opposition qui sont sur le point de l'emporter.

Peu avant son éviction, le président Ratsiraka avait fait introduire le fédéralisme dans la nouvelle Constitution de la IIIème république malgache, approuvée par le référendum du 19 août 1992 et contestée par l'opposition. Aussitôt, trois provinces se proclament États fédérés : Fianarantsoa, Toamasina et Toliara.

La situation actuelle face à ce fédéralisme artificiel début

Ce fédéralisme ne repose pas sur une base ethnique, mais seulement sur des limites administratives englobant diverses minorités. Ces frontières étatiques datant de l'indépendance ne tiennent pas compte de la réalité de la viabilité financière des États fédérés.

Cet état de fait ouvre la voie à de futurs conflits régionaux, comme au pays Bara dans la région de l'Isalo, où les mines de pierres précieuses situées dans la province de Fianarantsoa sont convoitées par la province de Toléara qui rêve de les annexer afin de grossir ses revenus. Ce fédéralisme a pour conséquence de créer des fiefs électoraux gouvernés par des potentats locaux. Les ambitions personnelles pouvant déboucher sur des rivalités ethniques entretenues par les politiques au pouvoir.

Le problème reste sous-jacent. Les reproches faits à l'ethnie voisine ne sont souvent que des fantasmes du passé. Les malgaches, très pauvres pour la très grande majorité, voyagent peu, excepté les saisonniers qui louent leurs bras. Les premiers sont totalement ignorants de ce qui se passe dans l'île ; les seconds sont méprisés parce que considérés comme des intrus dans la province ou la région voisine. L'information se fait par le biais des médias, mais le niveau de pauvreté des malgaches ne leur permet d'y accéder que très rarement. Pour la plus grande majorité, il reste le "bouche à oreille", répercutant les bruits qui circulent à travers le pays, entretenus par les partis politiques. D'où l'intérêt des politiques de fidéliser la clientèle et d'entretenir la désinformation et la haine.

De nombreux malgaches ne sont pas dupes et se détournent des urnes sachant que leur bulletin de vote n'aboutira à rien. Ils réalisent qu'ils travaillent pour les autres et ne possèdent même pas leurs outils de travail. Pour eux, le fédéralisme est une chimère.

Le départ ou le retour au pouvoir du président Didier Ratsiraka n'a rien changé à la situation économique de la majorité du peuple qui continue à s'appauvrir sans voir de changement.

L'île vit grâce à l'aide financière étrangère qui, pour les deux tiers, ne profite pas à Madagascar et repart en évasion de capitaux sous différentes formes. La corruption à l'échelle régionale, accentuée par le fédéralisme, ralentit la croissance économique et empêche l'ins-tauration d'une dynamique commerciale.

Le principal fléau de Madagascar est la politique de la terre brûlée pour l'extension des cultures et du bétail, qui provoque l'érosion des sols et la déforestation de l'île.

Le vol du bétail, pratiqué à Madagascar depuis des temps immémoriaux, perdure. Les conflits du continent africain facilitent l'importation clandestine des armes de guerre et renversent les rapports de force avec les autorités. La kalachnikov a remplacé la lance ancestrale. Les voleurs de bétails deviennent tout puissant et représentent des forces régionales difficilement contrôlables. Le bétail volé est vendu jusque dans les boucheries de la capitale.

Le peuple malgache début

Malgré quarante ans d'échec, le peuple malgache se revendique malgache et fier de l'être. Ce n'est qu'en second lieu qu'il revendique son appartenance ethnique et religieuse.

La religion tient une place importante. L'île est envahie par toutes sortes de sectes qui sont à la recherche d'une clientèle facile à endoctriner et que la faillite économique peut attirer dans ses filets.

Par ailleurs, la xénophobie de certains hommes politiques qui attaquent la présence des vasas (étrangers blancs) et des karanas et sinoas, accusés de piller l'économie de l'île rouge, contribue à enfermer l'île sur son "mal malgache".

Erwan Corbic

 
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